Pendant longtemps, l’idée de « faire de la musculation » pendant un cancer a pu sembler incongrue, voire risquée. Beaucoup de patientes pensent encore qu’il faut avant tout se reposer et ménager son corps pendant les traitements. Pourtant, les données médicales des dernières années racontent une tout autre histoire : le renforcement musculaire fait aujourd’hui partie des activités les plus recommandées, aux côtés de la marche ou de la natation, pour traverser un cancer dans de meilleures conditions. Voyons pourquoi, et surtout comment s’y mettre sans se mettre en danger.
Une idée reçue à abandonner
Le repos strict n’est plus la norme. Depuis 2011, la Haute Autorité de Santé reconnaît l’activité physique comme une véritable option thérapeutique dans la prise en charge du cancer, et l’Institut National du Cancer (INCa) recommande officiellement son intégration au parcours de soins depuis 2017. Ces recommandations incluent explicitement le renforcement musculaire, et pas seulement les activités d’endurance comme la marche ou le vélo.
Concrètement, sauf avis contraire de votre médecin, il n’existe pas de contre-indication de principe à pratiquer une musculation adaptée pendant un cancer. Le mot-clé ici est adapté : il ne s’agit pas de soulever des charges lourdes en salle de sport, mais de solliciter progressivement ses muscles avec des exercices choisis et encadrés.
Pourquoi les muscles fondent-ils pendant un cancer ?
Ce phénomène porte un nom : la sarcopénie, c’est-à-dire la perte de masse et de force musculaires. Elle touche une grande partie des patients pendant leur traitement, pour plusieurs raisons qui se cumulent souvent :
- la baisse de l’activité physique quotidienne, parfois liée à la fatigue ou à l’hospitalisation ;
- la perte d’appétit et les difficultés à s’alimenter suffisamment ;
- certains traitements (chimiothérapie, corticoïdes, hormonothérapie) qui accélèrent la dégradation musculaire ;
- l’inflammation générale liée à la maladie elle-même.
Cette fonte musculaire n’est pas qu’une question d’apparence : elle a un impact direct sur l’autonomie au quotidien (monter des escaliers, se relever d’une chaise, porter des sacs), sur la tolérance aux traitements, et sur la fatigue ressentie.
Les bienfaits du renforcement musculaire, prouvés pendant et après un cancer
C’est justement parce que la fonte musculaire est si fréquente que le renforcement musculaire prend tout son sens. Les bénéfices documentés sont nombreux :
- Limiter la perte de masse musculaire et osseuse provoquée par les traitements ;
- Réduire la fatigue : selon la Haute Autorité de Santé, les programmes associant endurance et renforcement musculaire permettraient de réduire le niveau de fatigue ressenti de façon significative pendant et après les traitements ;
- Préserver l’autonomie dans les gestes du quotidien ;
- Améliorer la tolérance aux traitements et réduire certains effets secondaires ;
- Renforcer l’estime de soi et l’image corporelle, souvent mises à l’épreuve pendant la maladie ;
- Accompagner, selon plusieurs études, une meilleure espérance de vie sans récidive, notamment pour les cancers du sein et du côlon, en complément d’une activité d’endurance.
Autre idée reçue à corriger : contrairement à ce que l’on a longtemps cru, le renforcement musculaire progressif du bras ne semble pas augmenter le risque de lymphœdème après une chirurgie du sein avec curage ganglionnaire. Plusieurs études montrent au contraire une amélioration de la mobilité de l’épaule, à condition d’y aller progressivement et sous encadrement adapté.
Ce que recommandent les autorités de santé
Les repères officiels pour les personnes atteintes de cancer sont les suivants :
- 2 à 3 séances de renforcement musculaire par semaine, même courtes (20 à 40 minutes) ;
- en complément d’environ 150 minutes par semaine d’activité d’endurance modérée (marche, vélo, natation) ;
- pendant les traitements, un volume d’effort qui reste modéré, sans pics d’intensité brutaux ;
- une reprise plus progressive et une intensité qui peut être augmentée après la fin des traitements.
Encore une fois, la régularité prime sur la performance. Deux séances courtes mais régulières valent mieux qu’une séance intense et isolée.
Les précautions spécifiques à connaître avant de se lancer
La musculation reste une activité à adapter avec discernement, en particulier pendant les traitements. Quelques points de vigilance :
- Demandez toujours l’accord de votre oncologue, en particulier en cas d’atteinte osseuse (métastases osseuses), de problèmes cardiaques ou de chirurgie récente.
- Évitez les charges lourdes sur les zones irradiées ou récemment opérées, le temps que la peau et les tissus cicatrisent.
- Faites attention à la zone du site d’implantation d’une chambre implantable (port-a-cath) : évitez les mouvements répétés ou les frottements directs sur cette zone tant qu’elle n’est pas complètement cicatrisée.
- Progressez en douceur en cas de curage ganglionnaire ou de risque de lymphœdème : on augmente les charges petit à petit, jamais brutalement.
- Évitez de bloquer votre respiration pendant l’effort (la fameuse manœuvre de Valsalva), qui peut faire grimper la tension artérielle inutilement.
- Hydratez-vous et accordez-vous des temps de récupération suffisants entre les séances.
Par quels exercices commencer ?
Pas besoin de matériel sophistiqué ni d’un abonnement en salle de sport pour débuter. Les professionnels de l’activité physique adaptée (APA) recommandent souvent de commencer par :
- des exercices avec le poids du corps : squats contre un mur, assis-debout sur une chaise, pompes sur les genoux contre une table ;
- des bandes élastiques, peu coûteuses et faciles à utiliser à la maison, pour travailler bras, jambes et dos en douceur ;
- de petits haltères légers (0,5 à 2 kg pour commencer), en privilégiant des mouvements fonctionnels qui sollicitent plusieurs groupes musculaires à la fois ;
- des séances courtes, deux à trois fois par semaine, en augmentant progressivement les répétitions avant d’augmenter la charge.
De nombreux centres de lutte contre le cancer proposent aujourd’hui des programmes d’Activité Physique Adaptée encadrés par des professionnels formés spécifiquement à l’oncologie. C’est souvent la solution la plus sûre et la plus motivante pour se lancer, surtout au début.
Se sentir bien dans ses séances, même sans cheveux
Faire du sport quand on a perdu ses cheveux peut sembler intimidant, en particulier si les séances se déroulent en groupe ou dans un centre de soins de support. Pour rester à l’aise pendant vos exercices, mieux vaut privilégier un accessoire léger, respirant et qui tient bien en place pendant le mouvement. Un bonnet chimio en matière douce et extensible reste discret et confortable même pendant les efforts, tandis qu’un turban chimio noué serré peut apporter un joli style sans craindre qu’il ne bouge pendant vos exercices.
Questions fréquentes sur la musculation pendant un cancer
Peut-on faire de la musculation pendant une chimiothérapie ? Oui, dans la grande majorité des cas, sous réserve de l’accord de votre oncologue et d’une intensité adaptée à votre forme du jour. L’objectif est d’entretenir la masse musculaire, pas de battre des records.
La musculation augmente-t-elle le risque de lymphœdème après un cancer du sein ? Les données actuelles vont plutôt dans le sens contraire : une reprise progressive et encadrée du renforcement musculaire du bras semble bien tolérée et pourrait même améliorer la mobilité de l’épaule après une chirurgie avec curage ganglionnaire.
Combien de temps avant de voir des bénéfices ? Certains effets, comme une meilleure énergie au quotidien ou un sommeil de meilleure qualité, peuvent se ressentir après quelques semaines de pratique régulière, même à faible intensité.
Faut-il un coach spécialisé ? Ce n’est pas obligatoire pour démarrer avec des exercices simples à la maison, mais un accompagnement par un professionnel d’Activité Physique Adaptée est vivement conseillé si vous avez des séquelles chirurgicales, un risque de lymphœdème ou des métastases osseuses.
En résumé
Le renforcement musculaire n’est plus un sujet tabou pendant un cancer : c’est aujourd’hui un allié reconnu pour lutter contre la fatigue, préserver son autonomie et mieux tolérer les traitements. L’essentiel est d’y aller progressivement, à l’écoute de son corps, et toujours avec l’accord de son équipe soignante. Chez Mademoiselle Foulard, nous vous accompagnons aussi dans ces moments de remise en mouvement, avec des bonnets et turbans pensés pour rester confortables et discrets, séance après séance.
Cet article est fourni à titre informatif et ne dispense en rien de l’avis de votre médecin ou de votre équipe soignante.

